Fiat lux..

  • lepirelon

"Que la lumière soit !..". Qu'on se rassure. Nous n'entrerons pas ici dans la querelle du jour: "Y'aura t-y ou y'aura t-y pas de coupures d'électricité cet hiver ?..". Façon polémique d'incriminer les responsables politiques qui, depuis dix ans, auraient laissé en jachère la filière nucléaire. Essentiellement pour complaire aux khmers verts en nouant des alliances avec eux pour gagner les élections. Nous n'enfourcherons pas non plus une Rossinante efflanquée pour mener la bataille donquichottesque contre les moulins à vent qui enlaidissent les cartes postales bucoliques de la France profonde. Et feraient tourner le lait des vaches.

 

Dans un tout ordre d'idée, nous voudrions relater et commenter un épisode surprenant de la vie parlementaire qui révèle d'étranges pratiques tendant à corroborer la thèse d'une collusion entre les extrêmes. Ce qu'on appelle "l'alliance rouge-brun". En l'occurrence, certaines convergences entre le groupe des Z'insoumis et celui du Ramassis national. Malgré leur course à l'échalote pour apparaître chacun comme l'opposition principale au gouvernement qu'ils combattent. Appariés par ce but commun, leur rivalité n'en est pas moins parsemée de traquenards ou de chausse-trappes. .

 

L'une d'entre elles vient d'être découverte. Le litige provient d'une proposition de loi portée par la députée LFI Caroline Fiat, aide-soignante, plaidant la réintégration après leur mise à pied des personnels médicaux réfractaires à la vaccination anti-Covid. Une première tentative de la faire voter avait échoué face au barrage de la majorité macroniste. Or, le RN a décidé, lors de sa "niche parlementaire", journée où il peut fixer l'ordre du jour, de reprendre le texte qu’elle avait défendu dans l’hémicycle. Sans barguigner. Stupeur et tremblement. Puis hésitation et finalement acceptation. Confirmée par un message de Mathilde Panot, cheffe du groupe LFI: "Le texte sera donc examiné lors de la niche RN. S’ils souhaitent nous laisser la moitié de leur niche, libre à eux". Ah ben, tiens !..

 

Parmi d'autres, la députée LFI Sophia Chikirou, très proche conseillère en communication de Jean-Luc Mélenchon, se félicite: "C’est un super coup ! Bravo à Caro ! On va discuter de notre texte et faire voter notre loi ! Le RN a tendu un piège qui s’est retourné contre lui. Et pis c’est tout !..". Euh ?..

 

Sauf que tout le monde, à gauche, ne l'entend pas de cette oreille. Hendrik Davi, député LFI de Marseille s’oppose à ce coup tactique. Il ose poliment : "Très sincèrement, je ne sais pas qui à la fin va se retrouver piégé". "Pas ça !..", tweete le communiste Fabien Roussel. "Quand le RN tend un piège, le mieux est de ne pas sauter dedans à pieds joints", recommande le chef du PS Olivier Faure. D'où malaise.. Finalement, c'est le Grand Zarathoustra des Z'insoumis qui clôt cet épisode plutôt glauque: "Le groupe retire son texte usurpé par le #RN. La frontière est claire", annonce t-il. .

 

Quoi qu'il en dise, le doute n'est pas levé. Alors qu'on vient d'apprendre que, suite aux ennuis matrimoniaux et judiciaires d'Hadrien Quatennens, c'est Manuel Bompard qui va devenir "coordinateur" du mouvement LFI. Pour le rendre moins gazeux ?.. Le même Manuel Bompard qui s’était dit favorable, "à titre personnel", à l’idée de voter une motion de censure déposée par les lepénistes. En résumé : la fin, c’est-à-dire renverser le gouvernement, justifie les moyens : s’allier momentanément avec le diable. Rallier "les fâchés et les fachos", comme disait l'autre ?.. La fête des Lumières ? Puissent-ils se remémorer et méditer le dicton: Au royaume des aveugles les borgnes sont rois. MB 

 

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Quand LFI croyait piéger le RN sur les soignants non vaccinés 
                                   Par Rémy Dodet  Publié le 
 
Les insoumis ont un temps accepté de défendre leur proposition de loi pour la réintégration des soignants non vaccinés lors d’une journée parlementaire dédiée au RN, avant d’y renoncer. L’affaire révèle des différences stratégiques au sein de la Nupes mais aussi au sein de LFI.

 

C’est l’histoire d’un coup tactique qui vire au coup fumeux. « On a voulu jouer au plus malin. Le résultat n’est pas beau, pas compréhensible, l’ultra-subtilité parlementaire, ça n’existe pas dans la vraie vie », soupire un député LFI, agacé d’avoir vu ses petits camarades foncer tête baissée dans un « piège grossier » tendu par Marine Le Pen.

En acceptant de défendre leur proposition de loi sur la réintégration des soignants non vaccinés dans la journée parlementaire dédiée aux propositions du Rassemblement national – avant de retirer le texte sous la pression –, certains insoumis pensaient avoir trouvé la botte secrète contre les troupes lepénistes. A la fin, ils ont plutôt fourni un argument de plus à tous ceux qui répètent que les « extrêmes se rejoignent » et que le populisme de gauche renforce in fine l’extrême droite…

L’affaire est un cas d’école. Elle révèle des stratégies différentes au sein de la Nupes mais aussi à LFI : jusqu’où et comment s’opposer au gouvernement ? La conquête d’un électorat antisystème, les « fâchés pas fachos », justifie-t-elle de se retrouver parfois sur la même ligne que Marine Le Pen ?

Sophia Chikirou, très enthousiaste

L’embrouille commence le samedi 3 décembre quand Caroline Fiat apprend via la presse que le RN entend reprendre le texte qu’elle a défendu dans l’hémicycle. Les troupes de Marine Le Pen veulent l’inscrire dans leur niche, cette séance où ils peuvent fixer l’ordre du jour. La députée insoumise de Moselle, vice-présidente de l’Assemblée, est sidérée par la méthode. Elle avait déjà peu goûté l’obstruction des macronistes sur sa proposition de loi. Voilà maintenant que le RN la lui pique… Elle décroche son téléphone et appelle Marine Le Pen. « Je lui ai dit qu’on ne volait pas le texte d’un collègue, encore moins quand on n’est pas cosignataire, et sans prévenir avant la rapporteure », nous fait-elle savoir.

Mais doit-elle quand même défendre son texte ? L’ancienne aide-soignante hésite. Ce mardi 6 décembre au matin, elle n’est pas là quand le groupe LFI se réunit à l’Assemblée. Le débat tourne court. Car les frontistes ont un projet : ils veulent qu’un des leurs soit corapporteur de la proposition de loi, autrement dit qu’il la défende avec la députée Fiat. « C’était inimaginable, on était tous d’accord », souffle une « insoumise ». Dans les heures qui suivent, le principe d’un corapporteur du RN est rejeté en commission. C’est à partir de là que le groupe insoumis se divise.

Caroline Fiat crie victoire. « Le RN m’offre du temps parlementaire. Ce sera donc moi seule rapporteure ! Tel est pris qui croyait prendre ! » Mais les insoumis les plus expérimentés, ceux qui ont l’antifascisme chevillé au corps depuis leurs jeunes années trotskystes, commencent de loin à froncer les sourcils. A cette heure pourtant, Mathilde Panot et d’autres s’imaginent qu’ils vont pouvoir plomber la journée dédiée aux députés lepénistes. Un message est même envoyé à la presse. « Le texte sera donc examiné lors de la niche RN. S’ils souhaitent nous laisser la moitié de leur niche, libre à eux. »

Sur la boucle Telegram des 75 députés insoumis, une élue est alors très enthousiaste. Il s’agit de la député de Paris, la quadra Sophia Chikirou. L’ex-communicante, la proche conseillère de Jean-Luc Mélenchon, est tellement convaincue par la manœuvre qu’elle ne comprend pas qu’on ne comprenne pas. Elle s’interroge : « Parfois je me demande si ça vaut la peine d’expliquer aux cons ce qui est évident… » Et elle se félicite : « C’est un super coup ! Bravo à Caro ! On va discuter de notre texte et faire voter notre loi ! Le RN a tendu un piège qui s’est retourné contre lui. Et pis c’est tout ! »

Jean-Luc Mélenchon clôt l’épisode

Le message en a refroidi certains. Hendrik Davi est de ceux-là. Le député de Marseille s’oppose à ce coup tactique. Il ose poliment : « Très sincèrement, je ne sais pas qui à la fin va se retrouver piégé… » Cet ancien syndicaliste passé par la LCR sent bien quelle lecture sera faite à l’extérieur. Il ne s’est pas trompé : dès le mardi soir, les chefs des autres partis de la Nupes s’offusquent et prennent leurs distances. « Pas ça », tweete le communiste Fabien Roussel. « Quand le RN tend un piège, le mieux est de ne pas sauter dedans à pieds joints », conseille le chef du PS Olivier Faure. Le mercredi matin, l’évidence finit par s’imposer. C’est Jean-Luc Mélenchon lui-même qui, à distance, fixe la ligne et clôt l’épisode. « Le groupe retire son texte usurpé par le #RN. La frontière est claire », dit-il. Sans en faire des caisses non plus. Un député chuchote : « Sophia range-t-elle Jean-Luc dans la catégorie des cons ? »

 

D’autres s’interrogent aussi, toujours à voix basse. Le jeu en valait-il la chandelle ? Selon les estimations du ministère de la Santé, on compterait aujourd’hui en France de 1 000 à 2 000 soignants non vaccinés. Dans les faits, c’est surtout un sujet aux Antilles, où les antivax sont légion et le scepticisme à l’égard du vaccin nourri par le scandale du chlordécone. Dans ces territoires qui se sentent relégués, les insoumis et le RN se tirent la bourre. Jean-Luc Mélenchon y a fait un carton au premier tour de la présidentielle, dépassant parfois les 50 %. Mais Marine le Pen y a largement devancé Emmanuel Macron au second.

Les insoumis n’ont pas choisi ce texte au hasard. Une habitude a été prise depuis 2017 : chaque niche est l’occasion de porter un sujet concernant pour les ultra-marins. En poussant la réintégration des soignants non vaccinés, ils ont tenté de prendre le RN de court. « On a voulu préempter le sujet car on savait qu’ils le porteraient », admet Manuel Bompard.

Une stratégie ambiguë

Si la faute politique a finalement été évitée in extremis, l’épisode résume bien les débats qui tourmentent le mouvement mélenchonien : quelle attitude adopter face aux 89 députés d’un RN qui se notabilise à toute vitesse ? D’un côté, il y a l’opposition de principe, frontale, bruyante. Au début de la législature, le benjamin de l’Assemblée, Louis Boyard s’était ainsi distingué en refusant de serrer la main des députés frontistes. Peu après, les insoumis avaient refusé de jouer au foot avec les députés RN au motif qu’on ne joue pas à la balle avec des héritiers du maréchal Pétain. Quand le député (RN) de Fournas lâche « qu’il(s) retourne(nt) en Afrique » au moment où l’insoumis Carlos Martens Bilongo discourt sur les réfugiés en Méditerranée, les insoumis se lèvent tous ensemble, poing levé contre la peste brune.

Mais d’un autre côté, il y a chez eux une stratégie plus ambiguë, qui pousse à utiliser tous les leviers parlementaires pour apparaître comme les premiers opposants, quitte à se retrouver parfois sur des positions proches du RN. A la rentrée, Manuel Bompard s’était dit favorable, « à titre personnel », à l’idée de voter une motion de censure déposée par les lepénistes. En résumé : la fin, c’est-à-dire renverser le gouvernement, justifie les moyens : s’allier momentanément avec le diable.

En octobre, quand Marine Le Pen a voté par surprise la motion de censure de la Nupes, Mélenchon et ses soutiens se sont félicités de ce renfort. « A 50 voix près, on faisait tomber le gouvernement. » Déjà à l’époque, la formule avait crispé les alliés de la Nupes, révulsés par l’idée de renverser Borne main dans la main avec l’extrême droite. Sur son blog, Jean-Luc Mélenchon avait adressé un conseil au sénateur LR Bruno Retailleau qui s’interrogeait sur les motions de censure. Il lui expliquait comment rédiger un texte acceptable par tous, y compris le RN. « Evitez de mettre des horreurs xénophobes et des délires libéraux dans votre motion, tenez-vous-en à la défense des droits du Parlement et vous aurez une très grande chance de convaincre les autres oppositions de voter avec vous. » Car l’ex-candidat à la présidentielle en rêve : pousser Emmanuel Macron à dissoudre l’Assemblée et repartir en campagne. Il l’a théorisé il y a plusieurs années. Ou plutôt prophétisé. « A la fin, ça se terminera entre Le Pen et nous. »

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Analyse  par Charlotte Belaïch
LFI choisit une direction ultra-resserrée et suscite la colère

 

 

Ni François Ruffin ni Clémentine Autain. Alexis Corbière, Raquel Garrido et Eric Coquerel non plus. Ces cinq députés de La France insoumise ont beau compter parmi les principales figures du mouvement, aucun ne fait partie de sa nouvelle équipe dirigeante, formée ce samedi à Paris. Pour consolation : une incertaine clause de revoyure, et l’invitation faite à ces députés à siéger au «conseil politique». Un lieu de débat stratégique selon la direction, un «conseil théodule» pour plusieurs évincés, qui réclamaient un rôle au sein de la direction opérationnelle − la «coordination» − du parti. Nouveau patron du parti, le député des Bouches-du-Rhône Manuel Bompard se voit accusé par ces recalés de «verrouiller» l’appareil.

«J’ai postulé pour être dans le pôle communication, on m’a dit que Sophia Chikirou était déjà dessus, s’agaçait Clémentine Autain vendredi, auprès de Libération. Donc j’ai dit que j’étais disponible pour d’autres tâches et je n’ai aucune nouvelle à ce jour.» La députée de Seine-Saint-Denis avait pourtant été assurée par plusieurs cadres, dont Manuel Bompard, qu’elle aurait sa place au sein de la direction. Président de la commission des finances de l’Assemblée, Eric Coquerel aussi était encore dans le doute hier : «Les choses peuvent encore bouger… Je vois mal comment une direction politique n’intègre pas toutes les personnes qui font la diversité de notre mouvement et je l’ai fait savoir.»

«Un verrouillage complet»

Auprès de Libération, Manuel Bompard défend le nouveau visage des instances : «C’est plutôt une démarche qui permet à tout le monde d’avoir une place. Ruffin, Autain, Corbière et Garrido n’étaient pas dans la coordination, donc on ne peut pas dire qu’on les met de côté. Quant à Coquerel, il est président de la commission des finances, c’est déjà une grosse charge. Il faut différencier la coordination, qui est la direction opérationnelle du mouvement, et le conseil politique, où on va débattre de l’actualité, préparer les grands moments politiques, discuter des grandes questions. Ce n’est ni méprisant ni insultant.»

Coquerel, et probablement d’autres, le perçoivent autrement. «Je souhaitais continuer à être dans la coordination», fait savoir le député de Seine-Saint-Denis, qui insiste : «Ce conseil politique n’est pas une direction politique.» Vendredi, au moins deux députés écartés assuraient qu’ils refuseraient d’intégrer cet organe. «Ils ont inventé ce conseil théodule pour nous évincer, affirmait l’un d’eux. C’est un verrouillage complet. Ils écartent les élus plus expérimentés. Il n’y a que des trentenaires dans la direction.» Ont notamment été reconduites Clémence Guetté, responsable des programmes, Manon Aubry pour le Parlement européen, et Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée. Également nommés : les députés Louis Boyard aux interventions dans la jeunesse, Sarah Legrain et Antoine Léaument à la vie du mouvement, Aurélie Trouve et Bastien Lachaud aux initiatives du mouvement. Jean-Luc Melenchon, quant à lui, est co président de l’institut La Boetie, dans le pôle Batailles des idées et formation.

«Normalement, une direction doit intégrer les personnalités, sinon ce n’est pas une vraie direction, regrette un autre évincé. Ce genre de décision fabrique du morcellement. Si on écarte les gens comme ça, ils sont dans la nature et disent ce qu’ils veulent…»

Jusqu’au dernier moment, l’eurodéputée Manon Aubry s’est battue pour l’ouverture. En face, Manuel Bompard mettait en garde contre d’éventuelles luttes fratricides en cas d’élargissement, à l’image des socialistes ou des écolos qui se divisent et s’affrontent entre courants. Manon Aubry a finalement obtenu que le pôle parlementaire, actuellement représenté par Mathilde Panot et elle, discute de sa représentation pour éventuellement y intégrer d’autres figures. «Afin de tenir compte des différentes interventions de la journée, il a été décidé de laisser la possibilité au groupe de préciser (le groupe décidera quand) de sa représentation», a écrit Manuel Bompard dans la boucle du groupe parlementaire. Une inflexion. «Je pense qu’ils étaient acculés, leur décision ne passe pas», affirme une députée.

«Faire preuve de maturité»

Les questions sur les raisons de ce choix en entraînent d’autres. «Est-ce que tout est verrouillé pour 2027 ? interroge la même insoumise. Tous ceux qui pourraient nuire à un retour de Jean-Luc sont écartés, on ne laisse pas ceux qui ont une légitimité électorale avoir, en plus, une légitimité interne.» Le candidat à la dernière présidentielle assure pourtant qu’il aimerait, à l’avenir, laisser la place à un autre. Officiellement, il se tient loin de ces affaires. Mais «je ne crois pas une seconde qu’il ne s’en mêle pas», doute cette insoumise.

Jeudi, l’annonce par voie de presse de la prise en main du mouvement par Manuel Bompard avait déjà fait grincer. Une intronisation sans élection : ce fidèle lieutenant de Mélenchon, qui dirige ses campagnes, administrait le mouvement depuis la mise en retrait d’Adrien Quatennens, accusé de violences conjugales. L’annonce a surpris, à deux jours d’un événement qui devait voir les insoumis débattre de leur direction.

Depuis les législatives, LFI cherche à se restructurer. Avec un groupe passé de 17 à 75 députés et une figure tutélaire en (léger) retrait, ce mouvement «gazeux» doit se remodeler. Après une première étape de réorganisation locale, pour mieux l’ancrer au terrain, les insoumis doivent notamment désigner samedi leurs chefs de «pôles», ces espaces qui structurent le mouvement. «C’est la première fois qu’on a vraiment une direction politique, j’espère qu’on saura faire preuve de maturité et s’ouvrir un peu», espérait un insoumis. Déçu, il avertit : «Ils disent qu’ils ne voulaient pas créer de fraction, mais écarter ces élus était le meilleur moyen de le faire.»

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Faire φ de la démocratie

Si l’union de la gauche a bien avancé avec la Nupes, l’union de LFI fait le chemin inverse. En choisissant Manuel Bompard comme chef autour d’une direction ultra-resserrée ce week-end, les Insoumis ont suscité la colère de nombre d’entre eux.

# Les frondeurs de plus en plus nombreux

En tête de la fronde contre ce qu’ils considèrent être un rétrécissement de LFI, les députés François Ruffin et Clémentine Autain, tous deux écartés de la direction mélenchoniste. «Il faut démocratiser LFI», assène Autain dans Libé, réclamant davantage de délibérations collectives et de pluralisme au sein du mouvement et dénonçant un «verrouillage» du mouvement. Sur LCI hier, Ruffin n’a pas été tendre non plus avec le nouveau schéma directeur de LFI. Celui qui se définit désormais comme social-démocrate (mais avec sa définition à lui, pas celle d’une gauche hollandaise) a pesté contre «un petit groupe qui s’est mis d’accord avec lui-même». Le député picard va jusqu’à faire planer la menace d’une scission en filant la métaphore footballistique après la qualif' de la France samedi. «Au départ, je pensais que j'allais être seul sur le banc de touche, et puis finalement, je vois que la moitié de l'équipe reste au vestiaire, a fulminé Ruffin. Je vais discuter avec mes camarades pour voir quelle attitude on peut avoir sur le sujet.»

Mélenchoniste historique, Raquel Garrido est elle aussi écartée de la direction, comme son époux Alexis Corbière ou un autre député très en vue, Éric Coquerel. Et Garrido aussi fustige un manque de pluralisme chez les nouveaux patrons Insoumis. «Donner voix au chapitre aux insoumis dans leur parti/mouvement, c’était la demande générale et la raison d’être d’une restructuration. Cette demande n’a pas été considérée pour le moment. Qui a peur des militants ? Bref, il faut reprendre le travail. Imaginons Sisyphe heureux(se)», a-t-elle tweeté en réaction à l’interview d’Autain à Libé. Cheffe de la délégation LFI au Parlement européen, Leila Chaibi va encore plus loin dans la sémantique. Une attaque en règle violente. Au Monde, elle lance ainsi : «Qu’il n’y ait, dans la coordination, ni Ruffin, ni Autain, ni Corbière, ni Coquerel ? C’est presque une purge.»

# Mélenchon sur la défensive

Très vite, après ces critiques publiques et presque inédites chez les Insoumis, Jean-Luc Mélenchon a pris son clavier pour défendre ses protégés et la nouvelle direction. «Toute la une pour nous salir», a-t-il d’abord tapé sur Facebook en réaction à la une de Libé consacrée à l’interview d’Autain. Puis, le triple candidat à la présidentielle, retraité de la politique mais pas en retrait, s’est épanché sur son blog dans un billet intitulé «On change pour que ça change». Et les frondeurs en prennent pour leur grade. Notamment Ruffin et Chaibi. «Ceux-là rêveraient de nous voir dans l’état de fonctionnement du PS ou de EELV», balance-t-il. Avant de voir la prochaine présidentielle comme la source du problème : «Cinq ans avant l’heure, une mêlée confuse d’ambitions présidentielles. Ils font ce qu’il faut pour nous y réduire : jeter de l’huile sur le feu des jalousies, déclarer exclue d’une direction quelqu’un qui n’en a jamais été membre et qui appartient à un autre parti [Ruffin, ndlr]. Sans parler de la "purge" annoncée ailleurs.» Sur France Inter ce matin, Bompard aussi s'est défendu de tout sectarisme : «Il n'y a aucune volonté d’exclusion ou de mettre qui que ce soit de côté. [...] Mon rôle, c’est d’assurer notre unité et le développement de notre mouvement. Au contraire, il y a une volonté d’ouvrir. Si on peut éviter d’étaler ces discussions sur la place publique, c’est mieux.»

Comme pour Bompard, la presse est aussi, selon Mélenchon, responsable de cette division naissante. «La veille et le lendemain de notre évènement, leur intérêt est seulement pour le dénigrement», déplore le leader maximo de LFI, ajoutant : «La dernière fois déjà, la même difficulté pour les anciens d’admettre les nouveaux et la même angoisse de perdre de la lumière médiatique à leur profit.» À le lire, ce ne serait qu’une discorde entre les modernes et les anciens. Et non une rupture sur le fonctionnement démocratique d’un parti dont le nouveau chef, Bompard disait à Mediapart : «Le vote n’est pas l’alpha et l'oméga de la démocratie.»

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LA FRONDE INSOUMISE • La violence de la contestation interne à LFI, qui s’exprime publiquement depuis la désignation opaque à souhait de sa nouvelle direction, n’a d’égale que l’habituelle solidarité totale des cadres Insoumis à l’égard de Jean-Luc Mélenchon. Cette fois, le couvercle de la cocotte a sauté. Et la soupe à l’intérieur, mijotée par certains des plus fidèles de l’ex-candidat à la présidentielle, est bien bouillante. Prenez Raquel Garrido. Écartée comme d’autres députés LFI de la nouvelle «coordination» du mouvement, l’élue de Seine-Saint-Denis rappelle dans le Figaro que sa loyauté a été jusqu’ici «légendaire», ce qui sous-entend que c’est fini. Confirmation dans ses propos au lance-flammes : «Mélenchon a le choix aujourd’hui entre aider ou nuire. J’ose espérer qu’il reste dans l’optique d’aider.» Elle dénonce «le maintien d’une structure copiant le format présidentiel, avec un candidat qui donne des consignes à un directeur, Manuel Bompard, lequel exécute de manière prompte et compétente. Il n’y a pas de place pour la délibération et le collectif, tourné vers le soutien au seul candidat». Garrido ajoute : «Mélenchon nous a invités au printemps à faire mieux. Il nous a dit qu’il allait devoir être remplacé ! Tout le monde doit être loyal à notre histoire commune. Lui compris. Le pire serait qu’on se retrouve sans candidat en 2027, après avoir déçu et dégoûté beaucoup de militants par nos méthodes…»

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UN CHEF C'EST FAIT POUR CHEFFER (OU PAS) • Manuel Bompard est-il le nouveau chef de LFI ? Selon Wikipédia, le député des Bouches-du-Rhône a pris ses fonctions il y a quatre jours, le 10 décembre, jour où le mouvement se réunissait pour se restructurer. «Pour l’instant, Bompard n’est pas coordinateur de notre mouvement», a pourtant assuré Mathilde Panot, interrogée par la presse parlementaire ce mercredi. «C’est une décision qui sera prise par la coordination des espaces [la direction de LFI, ndlr]. Personne n’a été adoubé ou touché par la grâce», a assuré la présidente du groupe Insoumis à l’Assemblée. Des propos qui font écho aux critiques suscitées par l’annonce de la désignation du lieutenant de Mélenchon la semaine dernière. Dans nos colonnes, un élu LFI déplorait : «Comme Napoléon quand il s’est fait sacrer, il a pris la couronne des mains du pape pour se sacrer lui-même.» Le principal intéressé affirme : «La coordination a été mise en place samedi, elle doit maintenant se réunir et désigner ses responsables. C’est le processus prévu depuis le début.» D’où vient alors cette nomination anticipée ? La semaine dernière, pour préparer la réorganisation de LFI, l’AFP contacte Bompard. Celui-ci explique que c’est lui qui, de fait, dirige le mouvement depuis le retrait d’Adrien Quatennens et qu’il va «probablement» continuer. «La dépêche a été publiée et le truc est parti mais ce n’était pas une annonce officielle», assure-t-il. Un Insoumis regrette : «Manu n’aurait jamais été contesté mais c’est lui qui a mis le feu. Il a parlé trop vite à l’AFP. Après, la direction s'étonne qu'on se sente méprisés. Ils ne s’attendaient pas à ce que la protestation cristallise.» Pour ne pas donner l’impression d’un coup de force, alors que la réorganisation du mouvement, sur une formule ultra-resserrée, est contestée par plusieurs personnalités Insoumises, les cadres dirigeants insistent donc sur le fait que rien n’est acté. «Je n’y comprends plus rien», se désole une députée. La direction pourrait finalement être formée par un binôme paritaire. Officiellement donc, tout reste ouvert, mais personne ne doute que, d’une façon ou d’une autre, Bompard continuera à assurer la direction. C.B.

 

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LIBÉRATION • Invité de Sud Radio, Bompard joue la méthode Coué - et un peu l’apaisement - et assure que le séminaire du groupe parlementaire Insoumis sera surtout consacré à la bataille contre la réforme des retraites, et non à l'organisation interne du mouvement mélenchoniste. «Parmi les noms que vous citez [ses détracteurs en interne], je n’ai pas d’adversaires», tempère le nouveau «coordinateur» de LFI «désigné à l’unanimité». Pourtant, les contempteurs de la nouvelle organisation de LFI persistent. Et la libération de la parole critique au sein de LFI n’en finit plus. Parmi les écartés de la nouvelle direction, l’eurodéputée Leïla Chaibi, qui flingue dans le Figaro Bompard et sa proximité avec Mélenchon : «Manu, il vendrait sa mère, sa sœur et sa meuf pour Jean-Luc ! [...] Il a construit sa légitimité en faisant le bon élève, plaçant Jean-Luc devant tout le reste, en travailleur acharné.» Est-ce une révolte ? 

 

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Insoumis… aux militants Benoît Lasserre

 

 

En cette fin de semaine, les Républicains et les écologistes se sont dotés d’une nouvelle tête.          Se sont votés, pourrait-on écrire, puisque ce sont les militants qui ont choisi celui ou celle qui va présider leur parti. Une procédure interne désormais banalisée, y compris à l’ex-Front national où, pendant des lustres, Jean-Marie Le Pen se reconduisait aux manettes de son mouvement et où ceux qui ont contesté son trône ont fini en parias.

 

La démocratie interne peut certes virer au vinaigre, comme en 2008 au PS, entre Martine Aubry et Ségolène Royal, ou à l’ex UMP, en 2012, entre Jean-François Copé et François Fillon. C’est le risque à courir d’une élection, à moins, comme Donald Trump ou d’autres, de décider d’avance qu’on a gagné et que le scrutin est truqué.

 

Un troisième parti vient lui aussi de renouveler sa direction. Non pas le numéro 1, considéré comme intouchable et dont la personne est sacrée, mais à l’étage juste dessous. On parle bien de Jean-Luc Mélenchon et des Insoumis. Éloigné en raison de ses démêlés conjugaux et judiciaires à cause desquels il comparaîtra au tribunal de Lille demain matin, le coordonnateur de LFI, Adrien Quatennens, vient d’être remplacé par celui qui assurait l’intérim, Manuel Bompard.

 

À 35 ans, celui-ci incarne tout autant la relève du parti que son collègue nordiste et sa promotion n’a rien d’illogique. Plus réputé pour ses talents d’organisateur que d’orateur, il dirigeait la dernière campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon qui lui a cédé sa circonscription marseillaise.

 

Le seul caillou de l’opération est qu’elle s’est déroulée sans que les principales figures Insoumises soient impliquées et encore moins informées. Quant aux militants, on ne leur a rien demandé. Chez les Insoumis, les désignations s’effectuent « par consensus » des cadres, mais ceux-ci semblent avoir été décrochés des murs de la salle d’état-major et redoutent même une purge comme on les aime dans la tradition révolutionnaire.

 

Ce modus operandi a de quoi surprendre de la part d’un mouvement qui ne jure que par la démocratie directe et le référendum populaire. À croire que ce qui serait bon et normal pour les Français, en gilet jaune ou pas, ne l’est plus dès qu’il s’agit des adhérents dont on pourrait d’ailleurs connaître le nombre exact grâce à un vote interne.

 

Tout aussi étonnant est cet aveu de Manuel Bompard qui « préfère le consensus aux élections pour éviter l’affrontement entre une majorité et des minorités ». Tant pis pour ceux qui croyaient que cet affrontement est l’essence même de la démocratie. Et avouons que le député de Marseille a, jusqu’à présent, très bien caché son profil consensuel. Nul doute que son nouveau rôle va l’aider à révéler son côté bonhomme..

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                                                                 Dessin d'Urbs pour Sud-Ouest  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                             Qui c'est le chef maintenant ?..

                                                                    La route est dégagée !..

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