House of Cards..

  • lepirelon

 

Nous le redoutions. Cela est arrivé. Dès la rentrée parlementaire, les différentes chapelles politiques se sont affrontées pour conquérir les fonctions exécutives de la nouvelle Assemblée tutti frutti. Si l'élection de la présidente de l'Hémicycle Yaël Braun-Pivet, issue de la majorité, s'est passée sans problème, celles des vice-présidences et, surtout, celle de la présidence de la Commission des finances (Comfi) a donné lieu à des tractations en coulisses surprenantes. Des grenouillages aux airs de combinazione rappelant les riches heures des III° et IV° Républiques. C'était prévisible. Malheureusement.

 

En hors d'oeuvre, les nominations au bureau de l'Assemblée ont eu du mal à passer. Notamment pour les six vice-présidences. Les principaux groupes s'étaient mis d'accord pour en accorder deux à la majorité, deux à la Nupes et deux au RN. Les députés écologistes ont fait savoir qu’ils n’accepteraient pas un bureau de l’Assemblée nationale dans lequel siégerait le Rassemblement national. Leurs alliés de la Nupes – "insoumis", socialistes et communistes – eux, s’en accommodaient. Les écolos ont décidé, contre l’avis de leurs alliés, de déposer in extremis les noms de Sandrine Rousseau et de Benjamin Lucas pour la vice-présidence. Leur objectif était de mettre les députés de la majorité dos au mur : allaient-ils voter pour les deux candidats RN ou pour les deux écologistes ?..

 

Finalement, avec 290 et 284 voix, Sébastien Chenu et Hélène Laporte sont élus vice-président et vice-présidente du Palais-Bourbon, avec l’apport des voix de la majorité et de la droite. Une première dans l’histoire de la Ve République. La Nupes crie aux "compromissions", Sandrine Rousseau dénonce une "faute politique". De plus,  les Z'insoumis, qui briguaient un poste de questeur, ont été contrés par la majorité et LR qui ont soutenu le député sortant LR, Eric Ciotti (Alpes-Maritimes). Ils ont dénoncé "l’accord passé entre La République en marche, LR et le RN". Pire: "Les macronistes ont choisi leurs oppositions", a accusé le député LFI de Seine-Saint-Denis Bastien Lachaud. Waw !..

 

Mais tout ceci n'était que mise en bouche avant le plat de résistance constitué par l'élection au poste de président(e) de la Commission des finances. Rappelons que le règlement de l'Assemblée prévoit que cet avantage revienne à un(e) député(e) de l'opposition. L'usage veut, jusqu'ici, qu'il ou elle soit issu(e) du groupe le plus nombreux. Or, en l'occurrence, le groupe RN compte 89 députés. Alors que LFI n'en compte que 72. Dilemme. Néanmoins, par leur emprise, les Z'insoumis avaient-ils réussi à présenter l'un des leurs à la candidature, Eric Coquerel, au nom de l'intergroupe Nupes. Au grand dam des socialistes qui y préféraient Valérie Rabault, jugée plus consensuelle. Retoquée. .

 

Au premier tour de scrutin, Eric Coquerel est sorti en tête, avec 20 voix. Jean-Philippe Tanguy du RN a fait le plein dans son camp (11 voix), tout comme la candidate LR, Véronique Louwagie (8 voix).

Le député de la Marne, Charles de Courson, membre du groupe Liberté, indépendants, Outre-mer et territoires (Liot), a obtenu 2 voix. Faute de majorité absolue, fixée à 21 voix (les élus Renaissance n’étant pas comptabilisés), un deuxième tour a eu lieu. Une hypothèse se murmure. Face au candidat de la Nupes, LR pourrait s’allier au RN et aux députés LIOT pour faire élire Charles de Courson. Le front anti-Coquerel a fait grincer quelques dents. Mais au deuxième tour, rien n'a bougé. . 

 

A l’approche du troisième tour, Charles de Courson annonce retirer sa candidature. Selon son entourage, il était “Hors de question pour le député, dont des membres de sa famille furent déportés avant de mourir dans des camps de concentration en 1945, d’accéder au poste avec les voix de l’extrême droite”. A l'issue de cette partie de chaises musicales, c'est donc Eric Coquerel qui a été élu président de la Commission des finances de l'Assemblée nationale avec 21 voix. Sans panache. Grâce à ce désistement et à l'abstention du groupe Ensemble ! majoritaire. Quoi qu'il en dise . .

 

Son collègue Manuel Bompard a salué le "respect de la règle" qui veut que la majorité s’abstienne. "C’est la consécration du fait que la première force d’opposition à l’Assemblée soit la Nupes", s'est-il réjoui. Et d’ajouter : "Certains ont tenté des combinaisons de dernière minute. Nous, on est restés sagement entre nous, sereins, droits dans nos bottes". A contrario, Marine Le Pen, cinglante, a twitté: "L’extrême-gauche la plus sectaire et la plus radicale a été élue à la tête de la Commission des finances grâce à la droite, qui une nouvelle fois a fait preuve de lâcheté". Amer, le candidat RN malheureux a fustigé une élection "illégitime", une "piraterie", de la "triche" et même "un danger pour la stabilité économique du pays . "Je me suis agité en jouant à un House of Cards du pauvre". . Patatras ! Le château de cartes s'est effondré au bénéfice du joker "insoumis", seul survivant ..

 

Ces jeux de pouvoir augurent mal de la sérénité des débats de cette Chambre "introuvable" livrée aux délices de Kaputt, comme nous l'écrivions récemment. Combien de temps survivra t-elle ?..  MB

 

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                                                               Dessin de Urbs pour Le Monde

 

 

                                                            Dessin de Juin pour Charlie Hebdo

 

 

 

 

 

                                                                     Comptes et mécomptes..

 

                                                             Communauté réduite aux caquets..

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