L'effet "Waouh !.."

  • lepirelon

Cédant un peu à la facilité, osons user de l'expression en vogue ces temps-ci parmi les commentateurs politiques: "L'effet Waouh !..". Non pas pour s'esbaudir du maintien de Kylian M'Bappé au PSG qui ainsi donc restera résident fiscal français. Au grand dam de la presse madrilène. Mais surtout, pour commenter la composition du nouveau gouvernement français qui a révélé une surprise de taille. Déjà, la nomination d'Elisabeth Borne au poste de Première ministre était présentée comme un évènement exceptionnel. Quoique prévisible. Alors, vous pensez !.. : Pap N'Diaye un éminent intellectuel noir, ministre de l'Education nationale. Waouh !..

 

Une évidence pour certains. Une provocation pour d'autres. Présenté par les premiers comme une réussite de l’école républicaine au parcours scolaire brillant devenu, grâce à l’ascenseur social, le représentant de la France invisible. "Un choix terrifiant" pour les seconds dont Marine Le Pen, à l'unisson d'Eric Zemmour l'accusant d’être "un intellectuel indigéniste, wokiste, obsédé par la race". Rien que ça !.. 

 

A la vérité, Pap N'Diaye est un spécialiste de l'histoire sociale des Etats-Unis et des minorités. Il avait ouvertement exprimé son désaccord avec l'ancien ministre de l'Education nationale au sujet du concept "d'islamo-gauchisme".  Pour le nouveau locataire de la rue de Grenelle, ce concept "ne recouvre aucune réalité dans l'université". "Je partage la plupart de leurs causes, comme le féminisme, la lutte pour la protection de l’environnement ou l’antiracisme, mais je n’approuve pas les discours moralisateurs ou sectaires de certains d’entre eux. Je me sens plus cool que “woke”, c’est sans doute une question de génération", expliquait-il notamment au Monde, en 2021. C'est'y clair ?

 

La daronne du Rrrramassis national parle de "provocation". Pour elle, c'en est une, certainement. L'obligeant à cacher le non-dit racialiste derrière des arguties sémantiques. Mais cela peut aussi apparaître comme une provocation émanant d'Emmanuel Macron vis-à-vis de Jean-Luc Mélenchon. Le patron du Nupes, commentant la nomination du nouveau gouvernement, s'en est trouvé mal à l'aise. Cornérisé. Obligé de reconnaître les qualités du nouveau ministre de l'Education nationale tout en le qualifiant de "renégat". Cette invective fort peu nuancée étant révélatrice de sa prise de conscience du piège tendu par le chef de l'Etat qui a voulu nommer, de nouveau, des personnalités issues de la gauche à des postes importants. Au grand dam de celui qui parle d'"équipe transitoire" à propos de ce gouvernement. Tout en maintenant la fable de sa prochaine "élection" à Matignon. Alors qu'il a renoncé à concourir à la députation, lassé des allers et retours en TGV Paris-Marseille.. 

 

D'ici un mois, nous saurons si cette prophétie auto-réalisatrice relève de la pensée magique ou pas. Ou simplement de l'escroquerie intellectuelle. Entretenant de faux espoirs chez des électeurs de gauche déboussolés par la radicalité du leadership mélenchonien qui n'a pour seul but que d'installer sa tribu des Z'insoumis comme groupe d'opposition hégémonique à l'Assemblée. Après avoir plumé la volaille socialiste. Selon le célèbre adage: la vengeance est un plat qui se mange  refroidi. Waouh, ça craint !.. MB

 

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Pap N’Diaye et la République   Christophe Lucet

 

 

La surprise du chef, c’est lui. Personne, ni chez Mélenchon, ni chez Marine Le Pen, ni même chez les Marcheurs, n’imaginait qu’Emmanuel Macron choisirait Pap N’Diaye, historien franco-sénégalais estampillé proche de la pensée « décoloniale », pour succéder à Jean-Michel Blanquer à l’Éducation. Car si l’on compare le profil du ministre sortant, défenseur sourcilleux de la laïcité et de l’universalisme républicain, à celui de son successeur, partisan de la « discrimination positive », le virage est à 180 degrés.

 

Sur fond de débat autour de la culture « woke » et de la reconnaissance des minorités raciales, le nouveau locataire de la rue de Grenelle s’attendait à voir fleurir les critiques affolées ou les louanges intéressées. Homme placide, il s’est jusqu’ici gardé de réagir. Mais en faisant sa première visite de terrain au collège francilien où enseignait le professeur d’histoire Samuel Paty poignardé par un islamiste, Pap N’Diaye a honoré d’emblée cette République méritocratique à qui il doit sa propre ascension sociale.

 

Car s’il s’est penché sur les méfaits du racisme aux États-Unis et sur la condition noire en France, cet agrégé d’histoire et ancien de Normale Sup’ – des gages de crédibilité au poste qu’il occupe désormais – n’a pas eu à souffrir lui-même de la discrimination. Il ne s’en plaint d’ailleurs pas et l’on pourrait clore ici le débat sur la légitimité de cet homme pondéré, adepte du dialogue, à prendre en charge l’Éducation nationale.

 

C’est bien sûr compter sans l’aspect éruptif des empoignades sur « l’islamo-gauchisme », « l’indigénisme » ou le « wokisme », concepts dont le nouveau ministre critique l’inanité mais dont ses détracteurs restent convaincus qu’il est un cheval de Troie. Spécialiste des minorités raciales, n’est-ce pas d’ailleurs ce profil disruptif, propre à séduire un pan de la gauche, de l’extrême gauche et du monde enseignant, que le président de la République a choisi pour envoyer un signal politique ?

 

Mais Pap N’Diaye ne peut être réduit à un symbole ni faire l’objet d’un procès d’intention. Désormais chargé d’une institution scolaire dont le malaise n’est un secret pour personne, c’est à des chantiers éloignés des querelles idéologiques qu’il va devoir s’attaquer : question des salaires, réhabilitation du métier d’enseignant ou encore réforme du lycée professionnel. Ce dont a besoin le nouveau ministre, ce n’est pas de soupçons sur son attachement à la République, mais d’encouragements à prendre la mesure d’une tâche intimidante et essentielle.

 

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                                                             Dessin de Coco pour Libération

                                                               Dessin de Urbs pour Sud-Ouest

                                                            Dessin de Juin pour Charlie Hebdo

 

 

 

 

 

                                                       Dessins de Fabrice Erre pour Le Monde

                                                                         L'objet du délire..

 

                                                     Déjà vu du mauvais oeil par certains..

                                                Le combat pour l'éducation à la tolérance..

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