Le nom de la rose..

  • lepirelon

Après Naboléon, Mitterrand. On commémore à tout va et les commérages vont bon train. On ressort de la naphtaline les vieux grognards de l'épopée mitterrandienne. Ainsi le sémillant Jack Lang dont le dernier lifting lui impose le rictus du Joker de Batman. S'il ne tenait qu'à lui, son mentor adulé reposerait déjà au Panthéon. Au côté de Jaurès. Pas moins. D'autres épuisent leurs confidences sur les secrets déjà éventés du "Sphinx". Ses doubles vies cachées, ses passe-droits, ses contradictions, ses arrangements avec l'Histoire. Mille lieux communs sont débattus pour autopsier, une fois encore, les viscères de celui que des adversaires irrévérencieux surnommaient parfois "la Momie". .

 

Quarante ans après, les avis sont toujours aussi tranchés, suivant le bord politique d'où l'on regarde l'accession de la gauche au pouvoir pour la première fois dans la V° République. Après vingt-trois ans d'attente. D'un côté, on trouve "Les aventuriers de l'Arche perdue". Et bien perdue. De l'autre, "Voyage au bout de l'enfer". Un enfer pavé de roses. Pour les premiers, confits en dévotion, la nostalgie est amère comparée à la situation actuelle. Pour les seconds, opposants acharnés, "Le nom de la Rose" reste synonyme de Golgotha, une couronne d'épines sur le front. .

 

Qu'en est-il réellement ? Tout homme a sa part d'ombre mais aussi de réussites. La première d'entre elles est d'avoir su gérer le temps pour atteindre son but. Et ce fut long. Dix ans pour faire renaître le Parti socialiste et le rendre dominant à gauche. Au détriment du Parti Communiste, sûr de son hégémonie passée, prenant trop tard conscience du piège machiavélique tendu par le hold-up  sur ses ouailles séduites par le "Programme commun" et l'union de la Gauche, comme en 36. .

 

Sa deuxième réussite est d'avoir converti son camp à plus de réalisme économique. L'utopie des premiers temps s'est brisée sur les écueils de la contrainte internationale. La fuite des capitaux, la chute des investissements conduisaient inexorablement vers l'isolationnisme, les restrictions et, à terme, l'intervention du FMI pour assurer les fins de mois. D'où le fameux changement de cap de 1983 pour renverser la vapeur inflationniste en réintégrant les critères monétaires européens. .  Pas sans mal. 

 

Troisième point positif qui ne convenait pas à tout le monde: l'engagement pro-européen. Décisif. Avec l'appui du président de la Commission européenne Jacques Delors. Traité de Maastricht sur les règles de l'Union et préfiguration de la monnaie commune. Relation forte avec Helmut Kohl et soutien à sa politique ferme face à la RDA avant la réunification allemande. Front commun contre l'URSS déclinante mais soutien de l'action de Gorbatchev. Tout en maintenant le lien fort à l'OTAN..

 

Au plan national, restent des réformes sociales et sociétales décisives: relèvement des bas salaires et des minima sociaux, temps de travail, retraite à 60 ans, RMI, éducation et culture (grâce à "Jack l'éventeur": prix du livre, aide à la création théâtrale et cinématographique, Grand Louvre, Opéra Bastille, Grande Bibliothèque), abolition de la peine de mort, droit des minorités sexuelles etc, etc..  Et cinquième semaine de congés payés. .

 

Quand donc est arrivé le désamour ? A notre avis, lors du deuxième septennat. D'abord, se sachant malade, François Mitterrand n'aurait pas dû se représenter. Par honnêteté. Ensuite, à cause de la haine qu'il nourrissait contre Michel Rocard et sa "deuxième gauche". Il en fit son Premier ministre pour "lever l'hypothèse Rocard", persuadé de son échec probable. Or, c'est le contraire qui arriva (création du RMI, de la CSG, commission de contrôle des financements politiques, pacification de la Nouvelle-Calédonie, entre autres).  Il fut remercié sans ménagement au profit d'Edith Cresson qui n'eut de cesse que de se fâcher avec tout le monde. Accentuant l'atmosphère de fin de règne..

 

Déjà en 1992, lors du référendum sur le traité de Maastricht, François Mitterrand avait dû monter en première ligne pour le défendre. Mais ce n'était rien à côté de la controverse née autour de celui sur la Constitution européenne, en 2005, qui avait déchiré la gauche. Sur fond de rivalités internes entre les "sabras": Hollande et Jospin d'un côté, versus Laurent Fabius qui y voyait une opportunité de se démarquer plus à gauche en perspective de l'élection présidentielle de 2007. Opération sans risque pensait-il, au vu des sondages qui penchaient vers le oui. On connait la suite.

 

Entretemps, c'est Lionel Jospin qui avait tenté sa chance en 1995 et perdu sur un score honorable face à Chirac. Deux ans après, il prenait sa revanche en devenant premier ministre de cohabitation durant cinq ans. Avec la dream team Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn qui avaient redressé les comptes et assuré une croissance durable de 4 % l'an. Fort de ce bilan, Lionel Jospin aurait pu battre Chirac en 2002 s'il n'avait pas été concurrencé sur sa gauche par les candidatures "spontanées" de Jean-Pierre Chevènement et Christiane Taubira (soutenue par Bernard Tapie !..). .

 

Puis, il y eut la présidence Hollande sur un malentendu. Beaucoup d'électeurs voulant surtout se débarrasser de Sarkozy et sa clique. Face à une autorité défaillante, on vit naître un groupe de "frondeurs" ne ratant pas une occasion de mettre des bâtons dans les roues du pouvoir. Dissidence qui gagna la primaire interne de 2017 avec Benoît Hamon qui, après une campagne surréaliste, termina l'élection présidentielle à 6 %. Face à Jean-Luc Mélenchon triomphant à 19,5 % ("à 600 000 voix du deuxième tour !.."). Score PS fâcheusement confirmé lors des scrutins suivants..

 

Aujourd'hui, la situation de la gauche est dramatique, "divisée et sans idées" telle que la décrit Jean-Christophe Cambadélis, ex-premier secrétaire du PS qui analyse: "Le total de la gauche dans les intentions de vote est le plus faible depuis cinquante ans. Jean-Luc Mélenchon ne conçoit l’unité que derrière sa radicalité. Les écologistes sont obsédés par l’idée de devancer les socialistes, qui soutiennent mollement Anne Hidalgo. La gauche se prépare à faire de la figuration à la présidentielle et refuse de bâtir un accord aux législatives, ce qui annonce plusieurs candidatures dans chaque circonscription, menant inéluctablement à sa marginalisation". N'en jetez plus !..

 

Comme disaient, jadis, de méchantes langues: "Mitterrand rendra le PS dans l'état où il l'a trouvé !"  Mais rendons aussi à Hollande, Valls, Montebourg, Hamon et consorts ce qui leur appartient..      Ainsi qu'on le chante:  "On est bien peu de chose. Et mon amie la rose me l'a dit ce matin.."  MB

 

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Quarante ans après la victoire du 10 mai 1981, les socialistes français sont moribonds, faute d’avoir su gérer l’héritage européen qui était une opportunité autant qu’un piège, constate dans sa chronique Françoise Fressoz :

 

 

Certains anniversaires tombent plus mal que d’autres. La célébration du 10 mai 1981 qui marqua, il y a quarante ans, la victoire de François Mitterrand et l’installation de l’alternance sous la Ve République renvoie inévitablement à la situation actuelle de la gauche « divisée et sans idées », ainsi que le déplore Jean-Christophe Cambadélis.

 

Rien n’est à enlever dans le constat éploré que dresse l’ancien premier secrétaire du PS dans Le Journal du dimanche : « Le total [de la gauche] dans les intentions de vote est le plus faible depuis cinquante ans. Jean-Luc Mélenchon ne conçoit l’unité que derrière sa radicalité. Les écologistes sont obsédés par l’idée de devancer les socialistes, qui soutiennent mollement Anne Hidalgo. La gauche se prépare à faire de la figuration à la présidentielle et refuse de bâtir un accord aux législatives, ce qui annonce plusieurs candidatures dans chaque circonscription, menant inéluctablement à sa marginalisation », constate-t-il.

 

Comment, en quatre décennies, la spirale de l’échec a-t-elle pu se substituer à la dynamique de la victoire ? Pourquoi les nombreux coups de semonce enregistrés durant cette période n’ont-ils débouché sur aucune correction de tir significative ?

 

Au centre du drame, la dislocation du PS s’est jouée sur un temps long, impliquant à des titres divers ceux qui prétendaient incarner l’héritage mitterrandien : Lionel Jospin, Laurent Fabius, Ségolène Royal, François Hollande mais aussi Jean-Luc Mélenchon, comme si aucun d’entre eux n’avait été capable de se hisser à la hauteur de l’enjeu. A moins que le legs laissé leur ait rendu la mission impossible.

 

Décrochage des milieux populaires

 

21 avril 2002. Lionel Jospin est éliminé au soir du premier tour de l’élection présidentielle, devancé par Jacques Chirac, dont il était alors premier ministre, et par Jean-Marie Le Pen. La gauche plurielle avait pourtant le sentiment d’avoir bien gouverné mais, à la veille du scrutin, elle est rattrapée par les questions sécuritaires et le décrochage des milieux populaires. C’est le premier uppercut. Il sera suivi de beaucoup d’autres.

 

Automne 2004. Le PS se déchire autour du référendum, prévu quelques mois plus tard, sur le traité constitutionnel européen. La querelle n’oppose pas seulement l’aile gauche du parti aux autres sensibilités. Elle se niche à l’intérieur même de la majorité du PS à travers le match Hollande-Fabius : le premier appelle au oui et remporte le référendum interne ; le second défend le non et voit son choix conforté par le résultat national fin mai 2005. L’épreuve est délétère pour le PS qui fait l’apprentissage de la dissidence.

 

Automne 2005. L’envol de Ségolène Royal dans les sondages percute un PS qui s’est à la fois notabilisé et fossilisé. Aux yeux des « éléphants », la présidente de la région Poitou-Charentes fait figure d’hérétique. Entre autres transgressions, elle ose faire l’éloge du premier ministre britannique de l’époque, Tony Blair, qui a obtenu des résultats sur l’emploi « en mariant flexibilité et sécurité ». Elle a beau remporter la primaire à gauche, l’appui du parti lui sera compté durant toute la campagne présidentielle de 2007, qui se solde par un échec.

 

Novembre 2008. Jean-Luc Mélenchon quitte le PS en appelant à constituer « un front des forces de gauche » pour les élections européennes de 2009. Son départ signe la fin de la synthèse mitterrandienne et la tentative de faire renaître sur le flanc gauche du PS une force populaire identique à celle qu’avait incarnée naguère le Parti communiste français.

 

Décembre 2016. Au terme d’un quinquennat de frondes, François Hollande est coiffé au poteau par Emmanuel Macron, son ancien conseiller bien plus libéral que lui. Il renonce à se porter candidat tandis que son parti se disloque dans une primaire fratricide tenue en janvier 2017.

 

L’aventure européenne continue

 

La mise en perspective de ces cinq scènes destructrices montre à quel point l’intégration européenne a eu un effet pulvérisateur sur la gauche.

Ce volet était une part importante de l’héritage mitterrandien. Il avait été tranché à deux reprises dans des circonstances dramatiques : une première fois, en mars 1983, lorsque, à la suite d’une nouvelle attaque contre le franc, François Mitterrand avait décidé que la France resterait dans le système monétaire européen ; une seconde fois, en janvier 1990, lorsque, pour contrebalancer la puissance allemande induite par la réunification, le président français avait poussé les feux sur la monnaie unique.

 

Ce double choix allait inscrire de plain-pied la France dans une mondialisation libérale que le logiciel de gauche combattait depuis toujours. Il avait été fait en toute connaissance de cause, au terme de débats tendus, lorsque François Mitterrand avait réalisé que jouer le repli national aurait été bien plus dévastateur en matière de pouvoir d’achat et d’emploi.

 

Mais, à l’époque, ce n’est pas cette explication qui a prévalu. L’opposant à de Gaulle a, à sa façon, prolongé le mythe gaullien en laissant croire que le modèle français, étatique et dépensier, allait pouvoir prospérer dans l’aventure européenne. C’est la dissipation de cette illusion qui, à chaque étape-clé, a engendré des tensions au sein de la gauche au point de provoquer sa dislocation finale sur fond de sécession des classes populaires.

 

Un regard plus large sur la période montre que le sujet européen a eu un effet tout aussi corrosif sur la droite. Avec un léger temps de retard, celle-ci vit le même processus de décomposition, engendré par la fuite de l’électorat populaire.

 

Le legs mitterrandien a fini par dynamiter les deux partis d’alternance. Il leur a cependant survécu : en dépit des multiples avanies rencontrées, l’aventure européenne continue, au point que Marine Le Pen est obligée aujourd’hui d’en convenir : le retour au franc n’est pas la solution.

 

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Ne succombez jamais au désespoir : il ne tient pas ses promesses. Stanislaw Jerzy Lec - Nouvelles Pensées échevelées

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   C'était couru d'avance: certains n'avaient pas hésité à modifier le slogan en "La farce tranquille"..

 

 

                                                                           Croquemitaine ?..

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                                        "Une" collector..

                                                                             "Une" gore..

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