Autant en emporte le vent..

  • lepirelon

"As-tu vu la casquette ? As-tu vu la casquette du père Bugeaud ?.." Les paroles de ce chant militaire des Zouaves de l'Armée d'Afrique étaient connues des auditeurs de Radio Alger avant 1962. Les enfants la reprenaient ironiquement en remplaçant le mot "casquette" par un autre comportant la même rime. Sans savoir exactement à qui elle faisait allusion: le maréchal Bugeaud qui, au XIX° siècle sous Louis-Philippe, avec ses "colonnes sanglantes" mena la conquête de l'Algérie sans états d'âme. Mais avec une férocité sans nom.

 

Ses déclarations éclairent sans fard la réalité de cette guerre coloniale: "J'entrerai dans vos montagnes; je brûlerai vos villages et vos moissons; je couperai vos arbres fruitiers, et alors ne vous en prenez qu'à vous seuls". Propos ratifiés par le maréchal de Saint Arnaud qui lui succéda: "J'ai laissé sur mon passage un vaste incendie. Tous les villages, environ deux cents, ont été brûlés, tous les jardins saccagés, les oliviers coupés. Des tas de cadavres pressés les uns contre les autres et morts gelés pendant la nuit ! C'était la malheureuse population des Beni-Naâsseur, c'étaient ceux dont je brûlais les villages, les gourbis et que je chassais devant moi". Entre autres exactions..

 

Tous les historiens sérieux s'accordent à dire que la "pacification" de l'Algérie entre 1830 et 1848 fut extrêmement sanglante. De retour d'un voyage d'enquête en Algérie, Tocqueville écrit que "nous faisons la guerre de façon beaucoup plus barbare que les Arabes eux-mêmes". Selon certains, la colonisation de l'Algérie se serait ainsi traduite par l'extermination du tiers de la population, dont les causes multiples (massacres, déportations, famines ou encore épidémies) seraient étroitement liées entre elles. Ce qui avait fait dire, en 2017, à Emmanuel Macron qu'elle constituait "un crime contre l'humanité, une vraie barbarie, faisant partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant aussi nos excuses à l'égard de celles et ceux vers lesquels nous avons commis ces gestes". Déclaration qui lui avait coûté le vote de nombreux "pieds noirs".

 

Or, aujourd'hui, lors des manifestations à la suite de la mort de George Floyd et d'Adama Traoré, beaucoup de voix s'élèvent pour effacer le souvenir du passé colonial de la France. Et, notamment, de débaptiser des lieux ou des rues portant le nom de colonisateurs et d'abattre des statues érigées en un autre temps comme celles de Bugeaud. Certains mouvements antiracistes vont même jusqu'à s'attaquer aux bustes du général De Gaulle et réclament la disparition de celles de Colbert, auteur au XVII° siècle du "Code noir" applicable aux esclaves des Antilles et St Domingue.  A ceux-là, Emmanuel Macron a répondu que "la République ne déboulonnera pas de statues. Nous devons plutôt lucidement regarder ensemble toute notre Histoire, toutes nos mémoires". Certes..

 

Si l'on perçoit dans ces propos le souci de ne pas céder au communautarisme et de ne pas judiciariser la mémoire, cela n'empêche pas de juger ces faits historiques au regard de la morale de l'époque qui considérait certains peuples comme "inférieurs". Sans pour autant les justifier. Mais en les décryptant pour mesurer les avancées démocratiques survenues depuis et les progrès nécessaires en matière d'égalité à faire encore advenir. Ce que réclament les manifestants actuels.

 

Leurs demandes paraissent légitimes au travers des témoignages de discriminations vécues au quotidien. Qui n'atteignent pas la gravité de ce que dénonce le mouvement "Black lives matter" aux Etats-Unis où la ségrégation raciale reste vivace dans beaucoup d'esprits. Le passé esclavagiste y reste prégnant. D'où la volonté de la communauté noire d'en effacer les traces comme celles des statues des généraux confédérés sudistes. Tel le Gal Lee symbole des défenseurs de l'ordre ancien.

 

Mais de là à interdire la diffusion du film "Autant en emporte le vent", comme l'a fait HBO, sous prétexte qu'il ferait l'apologie de l'esclavagisme ! Au contraire, on peut le voir comme le portrait d'une société de castes où des propriétaires oisifs exploitent une main d'oeuvre asservie qui les enrichit. La guerre civile va faire exploser ce système et en faire advenir un  nouveau où les esclaves "libérés" subiront une nouvelle ségrégation d'ordre social.  Toujours en vigueur à ce jour.  En attendant l'émergence d'une nouvelle donne politique aux prochaines élections de novembre ?.

 

Comme aurait dit Scarlett O'Hara: "Après tout: demain est un autre jour. J'y penserai demain !.." MB

 

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Les contempteurs du film "Autant en emporte le vent" y voit une apologie de l'esclavagisme et du racisme qu'il faudrait censurer. Cette fresque romanesque sur la fin sanglante d'un monde hiératique ne fait pas l'impasse sur les bouleversements sociaux de la période de la Civil War: déshérence des esclaves libérés, émergence du Ku-Klux-Klan, ruine des possédants agricoles, arrivée des profiteurs de guerre. On pourrait la rapprocher d'un film comme "Le Guépard" décrivant l'adaptation d'un monde aristocratique, propriétaire terrien, à la révolution garibaldienne conduisant à l'unification de l'Italie et l'émergence de la bourgeoisie. Il ne viendrait à l'idée de personne de considérer que le livre et le film cultivent la nostalgie de l'ordre nobiliaire ancien. Même si la célèbre réplique-clé en demeure: "Il faut que tout change pour que rien ne change". MB

 

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Dans une entretien à L'Express, la philosophe Elisabeth Badinter lance un cri d'alarme contre un nouvel antiracisme qui met de "la race partout", bafoue l'universalisme et peut selon elle mener au séparatisme. Si elle salue "la prise de conscience" suite au meurtre de George Floyd, elle alerte contre un courant "antiraciste" et décolonial dont le lexique essentialisant ("privilège blanc", "racisé"...) représente selon elle un "crachat à la figure des hommes des Lumières". Tel Condorcet, ce rationaliste qui avait au XVIIIe siècle multiplié les combats précurseurs (contre l'esclavage et la peine de mort, pour l'égalité des sexes et la liberté de la presse). Elisabeth Badinter supplie pour qu'on ne renie pas cet héritage intellectuel, en le supplantant par des communautarismes qui seraient des "régressions inouïes".  

 

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Autre aspect du colonialisme: "Bois d'ébène" libéré du carcan de l'esclavage interethnique..

 

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