Le temps suspendu..

  • lepirelon

Ô temps, suspends ton vol ! Et vous, heures propices, suspendez votre cours ! Laissez-nous savourer les rapides délices des plus beaux de nos jours ! Ainsi versifiait Alphonse de Lamartine dans son célèbre poème: Le Lac. Le temps suspendu, n'est-ce donc pas ce que nous avons vécu depuis deux mois ? Au moment de rompre l'isolement forcé, certains rêvent de revenir aux temps anciens, le monde connu. D'autres prêchent pour des temps nouveaux débarrassés des scories et des aléas du monde d'avant le Covid. Et se font fort d'inventer "le monde d'après".

 

Parmi ceux-ci, au premier rang, on trouve naturellement les têtes pensantes de l'écologie. Chacun y va de sa tribune déroulant ses concepts pour abandonner un monde en catalepsie qui s'est effondré sur lui-même et qu'il ne faudrait absolument pas placer en réanimation. Du chaos, doit naître un "nouveau monde" axé sur de nouvelles valeurs: décroissance, sobriété, entraide, résilience. .   Aux grands maux (mots ?), les grands remèdes !..

 

Ainsi, Nicolas Hulot, dans Le Monde, qui énonce 100 principes pour un nouveau monde en anaphorisant: "Le temps est venu de la lucidité", "le temps est venu de créer un lobby des consciences", "le temps est venu de s'extraire des idéologies stériles",  "le temps est venu de redonner du sens au progrès","le temps est venu de l'unité", "le temps est venu de l'indulgence et de l'exigence", etc. . Au-delà de ces principes généraux, il développe un certain nombre de propositions:

 

1. Le temps est venu d’une Europe des solidarités, grâce à la création d’un fonds européen de relance et de transformation écologique de plusieurs milliers de milliards d’euros.

 

2. Le temps est venu de financer la transition dans les collectivités territoriales, grâce à une dotation exceptionnelle de plusieurs milliards d’euros pendant trois ans.

 

3. Le temps est venu de passer du libre-échange au juste échange, en mettant fin aux accords de libre échange par l’Union européenne et en interdisant l’entrée en Europe de produits fabriqués selon des normes contraires à celles de l’UE.

 

4. Le temps est venu de relocaliser en France et en Europe, et en particulier de mettre en place un Buy Sustainable Act permettant à l’État et aux collectivités territoriales d’introduire des critères de proximité et durabilité dans les marchés publics.

 

5. Le temps est venu de demander des contreparties aux soutiens budgétaires en subordonnant l’adoption de plans d’investissements compatibles avec les enjeux écologiques et l’emploi. 

 

"Vaste programme !.." comme aurait dit le Général. "Sacrée prise de tête !" oserions-nous ajouter. 

 

De son côté, Eric Piolle, le maire écolo de Grenoble, apporte sa contribution axée sur la politique partisane. Il appelle la gauche et les défenseurs de l'environnement à se réunir pour former un "arc humaniste". Affirmant: "L'agilité est là, elle ne demande qu'à être débridée". Selon lui, nous entrons dans "le monde d'avec" (les virus). Il appelle à un nouvel usage du monde, à une renaissance politique, culturelle, une renaissance collective et individuelle, rejoignant la démarche autodescriptive de Bruno Latour : qu’est-ce qui est essentiel ? Ou accessoire ? "Il nous faut rendre cette crise utile"..

 

Par ailleurs, l’actrice Juliette Binoche et l’astrophysicien français Aurélien Barrau ont publié le même jour une tribune dans le journal Le Monde, pour demander aux dirigeants et citoyens de changer en profondeur nos modes de vie, de consommation et nos économies. Une "transformation radicale s’impose à tous les niveaux", estime ce collectif regroupant plus de 200 personnalités artistiques et scientifiques comme les comédiens Robert De Niro, Jane Fonda, Cate Blanchett, Monica Bellucci, la chanteuse Madonna, le réalisateur Bertrand Tavernier et une poignée de prix Nobel.  Et de conclure : "Elle n’aura pas lieu sans un engagement massif et déterminé. A quand les actes ?.." Voilà pour une partie de ceux qui pensent que rien ne doit plus être comme avant le Covid. .

 

En revanche, d'autres manifestent qu'ils ne sont pas prêts de changer et de modifier leurs façons d'agir et de penser. On aura noté les prescriptions du Medef et de la droite des Eric Woerth, Bruno Retailleau et consorts, nous resservir leurs vieilles lunes obsessionnelles sur la durée du travail, les baisses de charges et d'impôts sur les profits des entreprises pour relancer la machine en panne. Vieux mantras de la politique de l'offre alors qu'il faut ressusciter le keynésianisme à la Roosevelt.

 

Symétriquement, on trouve la CGT et ses pratiques déstabilisatrices. Elle vient d'obtenir en justice la fermeture de l'usine de Renault-Sandouville qui venait de redémarrer. Au prétexte qu'elle ne "permet pas d’assurer la sécurité des travailleurs". Alors même que l'activité a pu reprendre grâce à un protocole sanitaire validé par la CFDT, CFE-CGC et FO. La direction de Renault a fait appel mais doit maintenir l'usine fermée, les jours prochains. Ce qui a fait réagir FO-Métallurgie qui dénonce "une prise d’otages par la CGT et la justice des 2 000 salariés et 700 intérimaires de l’usine". .

 

Parallèlement, le secrétaire général de la CFDT Laurent Berger a jugé samedi "La posture de la CGT irresponsable et infondée" pour avoir obtenu en justice la fermeture de l’usine Renault-Sandouville, alors qu’un "dialogue social assez exemplaire" avait eu lieu pour une reprise "en toute sécurité". Ajoutant: "Il faut arrêter ce type de pratiques. Je suis pour qu’on valorise le dialogue social de proximité et qu’on sorte des rapports de force stériles". "Ce n'est pas un service rendu aux travailleurs"..

 

C'est là tout l'enjeu. On peut se poser la question de savoir si la CGT se soucie là, en premier lieu, de la santé des ouvriers ou si elle ne se saisit pas d'une occasion de rallumer la fièvre sociale pour en engranger des bénéfices électoraux. Dans le but de regagner une influence perdue au profit des autres syndicats. Et de relancer sa lutte contre un gouvernement honni et le "système capitaliste" dans sa version libérale qu'elle abhorre. Tout en en retirant tout le bénéfice possible, à l'occasion. 

 

Eternel retour. Comme on disait en 68: "Cours, camarade ! Le vieux monde est derrière toi !.."  MB

 

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Un de ces quatre matins, il faudra bien que nos penseurs néo-marxisants révisent leur doxa en se souciant d'un minimum d'anthropologie. Exemple: les concepts d'économie de marché et de capitalisme datent-ils seulement des intellectuels du XVIII° et du XIX° siècles, tels Adam Smith, John Stuart Mill ou Karl Marx ? Or, dans les sociétés primitives du Néolithique les échanges étaient régis par le troc mais aussi par des substituts de monnaie, notamment les coquillages - rares donc précieux - qu'on retrouve partout sur les sites magdaléniens éloignés de la mer. Quant au "capitalisme", il trouve sa source en Mésopotamie ou en Egypte lorsque certains villageois eurent l'idée de construire des greniers pour mettre les récoltes à l'abri. D'où le pouvoir de gérer les stocks et de les répartir à leur guise, quitte à profiter des pénuries et s'enrichir . Pour ce qui est de la mondialisation, elle ne date pas d'hier. Dans l'Antiquité, les Phéniciens sillonnaient la Méditerranée et au-delà pour exporter les objets précieux et les épices de l'Orient. Plus tard, Marco Polo rapporta de Chine le secret de la soie et de la pasta. A la Renaissance, la "découverte de l'Amérique" transforma la cuisine européenne avec l'introduction du maïs, de la pomme de terre, de la tomate, de la banane, de la citrouille, de l'aubergine, du cacao, des haricots, des poivrons et de la dinde, entre autres. Sans parler des mines d'or et d'argent qui ont bouleversé la répartition des richesses à l'époque. Il y a donc quelque chose d'absurde à entendre certains Béotiens actuels prôner la fin de l'économie de marché et la fin du libre-échange pour favoriser le "localisme" assorti du frugalisme. Ce qui ne doit pas empêcher de souhaiter mettre fin au capitalisme financiarisé et à la mondialisation sauvage qui conduisent à la mise en danger de la planète et à l'appauvrissement de certains peuples. Il ne faut pas oublier que le déterminisme le plus prégnant est celui du "facteur humain".  Comme disait Coluche: "Le capitalisme, on ne sait pas qui l'a inventé. Le collectivisme, on sait !"  MB

 

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                                                                 A commencer par moi !..

                                                                     "Les idéologies stériles ?.."

 

 

 

                                                                           Ou après-demain ?..  

                                     Comment ça: "Macron compatible" ? Répète un peu !..

                                                         Convertis-toi au survivalisme ! Sinon..

                                                                         La casa de papel ?..

                                                                        Brute de décoffrage..

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