Chamailleries..

  • lepirelon

 

"C'est curieux, chez les marins, ce besoin de faire des phrases !". Cette réplique écrite par Audiard était distilée par Francis Blanche dans Les Tontons flingueurs. On pourrait la paraphraser pour l'appliquer à notre président qui ne rate pas une occasion, même dans ses discours les plus solennels, d'ajouter un mot dont il se doute qu'il fera polémique. Provocation délibérée ou laisser-aller coupable ?..

 

Ces débordements à l'emporte-pièce ont souvent concouru à la baisse de sa popularité. Ils continuent à entretenir une forme de ressentiment -  voire de haine - dirigées contre sa personne. Beaucoup se souviennent de formules malheureuses comme la métaphore sur les "premiers de cordée", opposée aujourd'hui aux "premiers de corvée" qui sont en première ligne pour lutter contre l'épidémie de Covid. Il y eut aussi "ceux qui ne sont rien" durant la crise des "gilets jaunes". Ou encore: "Je traverse la rue et je vous en trouve du travail !..", en réponse à un jeune horticulteur.

 

Certaines affirmations de sa part ont aussi donné lieu à des méprises ou ont été interprétées à contresens. Ainsi de la fameuse phrase sur "Le pognon de dingue" dont la formulation exacte était: "On met un pognon de dingue dans des minima sociaux, et les gens sont quand même pauvres. On n'en sort pas. Les gens qui naissent pauvres restent pauvres". Il s'agissait de constater que l'argent de la politique sociale ne serait pas bien employé puisqu’il ne permet de sortir ni du chômage ni de la pauvreté. Et donc d'agir et faire en sorte que cela change par une réforme de la protection sociale pour la rendre plus efficace et mieux ciblée. Mais peine perdue: l'opinion n'écoutant que d'une oreille, n'y a vu que "mépris de classe" venant de la part du "président des riches". Rendons à César - ou plutôt à Jupiter - ce qu'il lui revient. En attendant d'en voir les effets tangibles.

 

En revanche, sa dernière déclaration à l'occasion du 1° Mai comportait bien un mot provoquant. Dans une courte allocution célébrant "La journée internationale des travailleurs", il a exalté "cet esprit de solidarité entre les travailleurs qui n’a peut-être jamais été aussi puissant, aussi vivant. .   Car c’est bien grâce au travail, célébré ce jour, que la Nation tient". Ajoutant:“Privés des rituels de cette journée, nous en éprouvons aujourd’hui toute la valeur, tout le sens.  Avec cette volonté forte: retrouver dès que possible les 1er mai joyeux, chamailleurs parfois, qui font notre Nation”. .            Et, bien sûr, c'est le mot "chamailleurs" qui a fait tilt dans la tête de ses opposants. A juste raison.    Il aurait pu se contenter des adjectifs "protestataires" ou "contestataires". Moins polémiques. .

 

L'occasion était trop belle pour ses opposants de réagir à cette assertion. Ils n'y ont pas manqué. En premier lieu, Jean-Luc Mélenchon, invité de France 2, qui a déclaré: "J'aimerais rappeler que le 1er mai a été depuis toujours une mobilisation, et pas une fête, pour la diminution du temps de travail. Il y a quelque chose d'écœurant à voir le président de la République venir parler de 'chamailleries' à ce sujet".  Appréciation complétée par Alexis Corbière: "Message symptomatique de la condescendance réac' de ce Président. Non, les 1er mai ne sont pas "chamailleurs" (déf: se disputer pour des raisons futiles) mais revendicatifs ! Non, le 1er mai ne célèbre pas le Travail (vision pétainiste de 1941) mais la lutte des travailleurs!". On doit à la vérité de dire qu'Emmanuel Macron n'a pas employé l'expression "Fête du Travail" dont il connait l'origine. C'était le point Godwin du jour !

 

Profitant du confinement forcé de son père, Marine Le Pen, flanquée de son factotum Jordan Bardella, n'a pas manqué de célébrer son 1°Mai rituel en déposant une gerbe au pied de la statue de Jeanne d'Arc. Elle aurait pu, tout aussi bien, se rendre à Lourdes pour invoquer "l'Immaculée conception" de libérer la France du coronavirus. Elle continue à se poser en lanceuse d'alerte face à "l'incompétence" de l'exécutif. Accusant Emmanuel Macron de "fautes gravissimes" et jugeant que le coronavirus serait "le Sedan" du chef de l'Etat, emblème de "l'européisme" et du "mondialisme".

 

Ces réactions attendues ne peuvent surprendre personne. On en viendrait à se demander si Emmanuel Macron ne profite pas de chaque occasion pour faire sortir du bois ses deux adversaires les plus "forts en gueule" situés aux extrêmes. Conscient qu'il a intérêt à les retrouver face à lui en 2022 pour l'élection présidentielle. Persuadé, sans doute, qu'ils n'arriveront jamais à percer leur propre "plafond de verre" qui les cantonne à des votes protestataires et des scores minoritaires.    Il peut y avoir du vrai dans cette analyse. Mais, attention à ne pas trop jouer avec les allumettes !.  Et à mettre le feu à la pampa avec toutes ces chamailleries qui pourraient devenir pugilats mettant en péril la démocratie. Nous ne pourrions, alors, nous satisfaire de compter les points.. MB

 

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PS: En 2022, la campagne électorale risque de se transformer en chemin de croix pour la Grande Yaka et le Grand Fokon, la Casta Diva du Ramassis national et le Zarathoustra des Z'insoumis. A tout propos, ils risquent de se voir opposer les vidéos vintage de leurs faux-pas précédents. Pour l'une, la célébre séquence des Envahisseurs, lors de son débat avec Emmanuel Macron en 2017. Pour l'autre, celle hallucinante de la perquisition du siège de son parti LFI avec ses répliques culte: "Ma personne est sacrée !" et "La République, c'est moi !". Une piqûre de rappel rédhibitoire.. MB

 

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                                                                          Le point Godwin !..

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